Question 1 - Bonjour Pierre, tu es responsable de l'atelier Théâtre et Sciences et aussi prof à l'UFR Sciences exactes et naturelles, à Aubière, non loin de Clermont Ferrand. Alors pourrais-tu te présenter et nous dire d'où te viens cette idée de l'atelier Théâtre et Sciences ?

Bonjour Fabrice. Me présenter…donc Pierre Bonton évidemment, je suis né en 1947, ça fait déjà longtemps, un petit peu et j'ai fait des études un petit peu longues dans le secondaire, j'ai passé un bac assez tard en 1968. J'ai découvert l'automatique à une époque de ma vie qui m'a fait me tourner vers un IUT, et là j'ai eu une révélation, un intérêt évident pour l'automatique. J'ai continué mes études jusqu'à une maîtrise EEA (Electronique, Electrotechnique et Automatique), puis j'ai passé un diplôme d'ingénieur CNAM en cours du soir. Je suis allé travailler dans le monde industriel cinq ans, j'ai automatisé un système qui fait des analyses de sang dans un laboratoire pour le compte d'une société Suisse. Avant j'étais chez Bergougnan, une entreprise Clermontoise, pour contrôler des tuyaux en caoutchouc. Bref, j'ai fini à l'université comme PTA ENSAM et j'ai voulu évoluer. Alors, j'ai préparé un thèse en traitement d'images, ce qui était quelque chose qui m'intéressait, j'ai ensuite été nommé maître de conférences puis quelques années plus tard après avoir passé une brillante habilitation à diriger des recherches, professeur.
J'en suis là actuellement, j'ai donc commencé assez tard à l'université. En 1988, là où j'étais enseignant au CUST (Centre Universitaire des Sciences et Techniques), nous avons voulu faire quelque chose sur la gestion des ressources humaines et on a proposé des ateliers. J'avais monté un atelier de théâtre depuis quelques années à l'époque, il y a une vingtaine d'année (1982) dans un village à côté de Clermont-Ferrand et pendant 4 ou 5 ans nous avons monté et joué des pièces de théâtre, par exemple "les bons bourgeois" de René de Obaldia et après nous avons écrit des pièces nous même. On préparait une pièce par an à peu près. J'ai voulu allier le théâtre et les sciences et j'ai profité de la création de ces ateliers. Eh bien sûr comme ce qui se passe souvent à l'université, on est très formel, c'est à dire qu'il y a un psycho-sociologue qui est arrivé et qui a dit : "ah non! Il faut faire cours/ Travaux Dirigés/ Travaux Pratiques donc nous avons supprimé tout ces ateliers pour essayer de faire la gestion de la p…, non c'est pas la gestion de la production porcine dans le Bas Limousin, la gestion des ressources humaines. Comme j'avais déjà bien avancé pour monter mon atelier j'ai dit: "Non je ne veux pas le supprimer" j'ai reçu le soutien du directeur du CUST, Patrick Akermann à l'époque, il m'a dit: "Ok, on te file un peu d'argent et tu montes ton atelier". Avant de préparer cet atelier et que cet épisode se passe, j'ai pensé: "c'est bien beau de proposer Théâtre et Sciences, mais il faut rencontrer quelqu'un qui connaisse ça ". Et par le plus grand fait des hasards, j'ai entendu parler d'un monsieur qui s'appelait Bernard Avron, qui avait écrit un trentaine de pièce de théâtre. Il a commencé en allant chez les chercheurs, dans les laboratoires pour travailler avec eux et au bout de 2,3,4 ou 5 mois, il écrivait une pièce de théâtre qui avait pour référence directe les recherches effectuées dans les laboratoires. Il les jouait dans différents lieux théâtraux y compris à La Vilette. J'ai pris mon billet de train et je suis allé à Paris, je lui ai proposé la manière dont je voyais les choses avec Théâtre et Sciences, qui était de faire travailler, de mettre en situation, des étudiants sur un thème scientifique. C'est comme ça qu'en discutant on a monté une manière de travailler, qui existe depuis 1989 et que Bernard refait parfois dans d'autres lieux que Clermont-ferrand, voilà l'aventure a commencé…
Le premier atelier avait comme thème "Les relations dans l'entreprise", nous étions une dizaine…en fait avant d'être une dizaine, il y en a eu 3 qui se sont présentés quand j'ai proposé l'activité théâtre et Sciences. Nous nous sommes dits: "soit on abandonne, soit on continue et s'il faut continuer on va faire une publicité sévère." Et c'est à ce moment la que nous avons trouvé le slogan "Un ingénieur sans culture est un super technicien borné", "Un ingénieur sans culture est un super technicien borné" ce n'était pas aller contre les technicien mais simplement si on se réduit à son travail technique, Michel Serres le dira un peu plus tard de manière plus élégante, ça annihile notre créativité. Il nous manque des connexions neuroniques, il nous manque une façon de voir les choses, il nous manque une ouverture d'esprit vers l'extérieur et on reste dans le technique. Donc là il y a des étudiants qui se sont réveillés on s'est retrouvé à une dizaine, nous avons produit un spectacle d'une demi-heure et Bernard Avron nous a soutenu en présentant un de ses spectacles "Et moi, émoi" d'une heure et demi. Ca s'est fait à l'époque dans une salle, Le petit vélo, qui s'appelle maintenant La petite Gaillarde, et là " Le Succès ". Il y a 200 personnes qui sont venues nous voir, dans la salle tout le monde était très serrés et il faisait très chaud. A la fin du spectacle, un débat a eu lieu entre les acteurs et le public. Une des questions qui a été posé: "Mais à quoi cela vous à servi ?" et Alain, un des comédiens, s'est levé et a dit: "A l'époque je ne pouvais pas parler devant plus de 2 personnes, j'étais complètement bloqué, et maintenant vous êtes 200 et je vous parle.". Ca n'est pas quelque chose de psychologique théâtre et Sciences, mais ça lui a débloqué quelque chose, il a pris conscience de lui-même peut-être. Voilà je me suis présenté, un peu longuement mais…, j'ai présenté un peu aussi le début de Théâtre et Sciences.

 

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