Frontière, front d'hier, galère,


En Pologne ils ne lésinent pas sur les protocoles bizarres. Se désinfecter les grolles et les pognes, alors que les bestioles aphteuses sont bien cachés, à l'abri, dans la moquette du car.

On attaque, sous un soleil de ciel bleu, le chemin cahoteux du périple Solidarnoscien. Une fringale en forêt, à deux pas des putes, une escale pour requinquer la troupe. Cheminant vers l'est vallées à perdu de vue, on admire les incalculables tronc de cette uni végétation sapineuse. Hameaux de campagne, immeubles vert, jaune, rose ou bleu, pour égayer le paysage de ces sombres banlieues. Ville désertique, désert urbain, si tu vois un colchique, eh bin tu me préviens.
Arrivée tardive, à la frontière Russe, l'estomac dans les chaussettes, tu sors en rang d'endives utilisant les us, pour à la dame faire risette ; T'es content, t'as réussi à placer quelques assortiments du langage à l'alphabet cyrillique, tu repars héroïque, fort d'un sourire, le passeport tamponné, t'es pressé de déguerpir et de passer de l'autre côté. C'est la nuit, le ciel se dégrade, 40 bornes c'est pas Moscou, tu la suis, presque borgne, la route de fou qui te mène à Kaliningrad. Panier repas pour changer, concombre, sandwich et dessert à la carotte, ça doit être local, mais le comble, c'est que pour t'arroser la glotte, y a pas une goutte d'eau minérale.

Une lancée vers Svetlogorsk, inondés par le flot charmant de notre jeune interprète ; Elle parle le français des esthètes et nous ouvre à son milieu. A travers la vitre, cultures sur brûlis et nid de cigognes s'offrent à nos iris novices. Svetlogorsk vient de la racine " clair " ; attachant bled de bord de mer où les jours ensoleillés se succèdent, abritant des chalets estivaux, en bois, à dominante verte, jaune, marron. Marcher prés des cabanons, mini commerces qui refourguent la camelote à bas prix, avancer vers la digue, piétiner l'asphalte, balayer le sable, orteils en éventail et rester statique devant cette étendue baltique. Tu avales à poumons ouvert l'air iodé qui s'engouffre, en pensant que devant toi, par soixante mètres de fond, y a peut-être le Koursk, ou d'autres vestiges nucléaires; mais bon, on a pas encore vu de poissons fluorescents aux milles nageoires, alors y a de l'espoir. On distingue à l'horizon la lande de koust, banc de sable de quarante huit kilomètres, on reviens un à un on s'épouste, bercés par le perçant cri des mouettes. Sur la jetée, jetés en pâture au flux touristique, content de se dégourdir les membres, de petits vendeurs à 3 Kopeck nous font découvrir l'ambre. Elle représente 90% de la production terrestre, c'est pas rien, les plus convoités emprisonnent des insectes en leur sein. Fossiles difficiles à cueillir, messager du passé, du souvenir. Certains marchandent leurs écailles, d'autres allongent la mitraille.

Bientôt on se pose les pieds sous la table et commence l'osmose de l'utile à l'agréable. Entrée crudité, soupe campagnarde délicieusement hydratante, poisson plat résistant d'avant garde qui s'occupe de ses oignons et ne nous prend pas pour des patates. Que l'on craigne la tourista, ou qu'on l'affronte le ventre ouvert, repus comme des rois, y a pas besoin de dessert. un café noir de marc et on repart.
La galerie d'art nous attend, dans un quartier dortoir gris comme un ciel Normand. On se presse pour voir ce qu'ils accouchent sous leurs pinceaux, ces agités de la faucille et du marteau. Aquarelles, peintures grasses, photographies sans intérêts, sculptures mélangeant têtes et corps des bêtes les plus monstrueuses, peintures iconiques de mauvais goût, mais étonnamment réputés, selon notre guideuse ; mais les plus surprenant tableaux sont l'œuvre d'enfants sortant du berceau :embrigadement artistique ?

Poursuite du planning et découverte de la faculté, de la salle de spectacle où le lendemain on va jouer. Scène immense, rideaux de 10 mètres de prestance, assemblée gigantesque, ça promet , il va falloir s'époumoner pour sortir le moindre son audible, d'autant qu'ici le français n'est pas une langue crédible. Au moins on a de la place pour installer la structure, on sort la clef de quarante douze, j'te le jure, pince prise multiple et clef pipé et on attaque l'emboîtage des tubes. C't'alu comme ça va vite. Y a de la main d'œuvre, enfin bon l'œuvre c'est pour demain.

En moins de temps qu'il n'en faut pour rallier Paris à Pékin, on se retrouve attablé, un baron à la main, à tailler la causette à ses voisins. Le bal des fourchettes et couteaux s'achève par une forêt noire, cerise sur le gâteau et nous attire vers la pompe qui désaltère, la pompe à bière. D'intrépides alcoolo de services s'empressent d'assouvir leur vice et se jètent, comme ça, dans le gosier, une goulette de vodka, nasdarovié . Euphorie générale, la Russie c'est génial, on se fait des potes, les barmans, ils te sortent l'alcool à 70°, tant convoité . C'est pire qu'un carsher, ça te décape et lustre toute sortes de viscères, du gosier à l'estomac, moi j' préfère une bonne bière, enfin bon moi c'est moi. Saoul comme si on avait trop bu, on réveille la gardienne d'étage qui sommeille sur son canap en peau bordeau ; où ça du Bordeau ? Avançant sur la pointe des pieds et des mains, on réveille tous les ensommeillés, ce plancher grinçant développe des ondes sonores si stridentes, que ta chère poule en pond des œufs sur ta peau frissonnante.
Qu'est-ce qu'on est bien sous la couette, enlacés comme des chouettes, dehors hiboux et Galien veillent à ce que l'on dorme bien.


Au petit matin tac, tac, tac, c'est l'heure de prendre un bain et de faire son sac. Petit déjeuner à, l'assiette de charcuterie garnie, arrosé d'un jus d'orange digne des meilleurs canards, attendre la crêpe chaude transpirant le miel, c'est quand même meilleur que les œufs brouillés de la veille, qui t'embrouillent l'estomac, sans parler des petits pois.
A 11 heures pétante, enfin presque, on embarque sur le "black submarine" pour une visite guidée par un amiral à la retraite; il en a vraiment la tête. On avance de sas en sas, dans une boîte étroite à déconseiller au claustrophobe le moins atteint. Tout est fonctionnel, le messe des officiers sert de billard d'opération à l'occasion; la cuisine de 1 m 50 de plafond, où deux cuistots du plancton, préparent la tambouille de 80 arsouilles. Impressionnant le tableau des vannes plus rouges les unes que les autres (eh Vladimir, tu tournes la vanne rouge; ah ouais laquelle? Tu sais, celle qu'est moins rouge que carmin, mais plus que magenta.), ils sont fou ces russes. Entre les chaussures gruyères et les torpilles avant, arrières, ça valait le détour. On aura au moins appris une chose, c'est la flotte allemande qui compte le plus de ces engins subaquatiques, suivit des ricains, toujours à l'affût des nouveautés technologiques, les russes quant à eux endossent le dossard n°3, mais le vrai retard c'est pour les gaulois. Pourtant quand il s'agit de torpiller à la sauvette, on est pas les derniers.

On enchaîne par la visite du musée de la mer, qui commence par l'accueil pépère d'un poisson aux yeux trompeurs. Quel bizarrerie de la nature, pourquoi a t-il de faux yeux à deux écailles des vrai ? Ce doit être un magna du maquillage. Ensuite on nous projète dans un salle où se déroule une petite bande image; 15 minutes de russe c'est soûlant, mais le pire, c'est que ce soir les russes vont se farcir 3 heures de français dans la foulée, ça promet. On assiste à l'enterrement sous-marin d'un haut personnage de la force navale. Un robot s'introduit sur le territoire des anémones et autres bernards lermittes et dépose une gerbe, de fleurs, il vaut mieux préciser, à la mémoire d'un type qu'il n'a jamais vu et n'est pas prêt de voir, vu qu'il est partit, l'autre soir, voir là-haut si j'y suis. Et vu que les robots n'ont pas d'yeux pour dieu. Heureusement que la salle de projection est le lieu d'exposition de superbes photos, couchers de soleil, nuages sans pareils, natures et merveilles.

On sort, et notre guide, traduite à chaque instant par la mignonnette interprète, nous gratifie d'un exposé complet sur les multiples submersibles poussant dans les jardins du kremlin, fruits des vingt dernières années et semblant sortir de l'ère playmobile. On a qu'a sortir le nautile pour leur en mettre plein la vue, wah ç't'alu. Déjà on assaille le sur connu Vityaz, navire de recherche océanographique, on déambule dans ses couloirs en bois lustré, on suit la voix sans trop l'écouter ; si par mégarde on pose un orteil sur un objet vermeil, déboulent les gardiennes du souvenir, les astiqueuses de reliques les promeneuses au regard oblique. On entre dans une salle, dîné servit, où s'honorent mutuellement cartes météo et tableaux de grands vent. Sous verre le livre de bord, ouvert à la page noircie par Jacques Yves et son légendaire beau nez rouge ; du frometon, ils devaient s'en fourrer sous le museau, sur la calypso ! Une autre pièce abrite un piano aux accords marins qui bientôt entonne des airs à la Higelin. Au centre, une table en verre salue le courage des navigateurs qui ont bravé les multiples épreuves dictées par l'océan ; ils en ont fait un domaine de recherche scientifique riche, mais qui reste l'océan. Ce bateau c'est sûr il est superbe, mais le rapport avec l'essor de l'océanographie, j'crois que j'pourrais le chercher toute ma vie.

Sur ces visites en cascades, on passe à la régalade. Soupe à la betterave et autres légumes vitaminisants, viande béchamel accompagnée d'une purée, carrés de gélatine à la pomme, pas très ragoûtant. Pas tout à fait reput, mais bon y a pas autre chose, on se convainc qu'on en peut plus et on part pour l'éloge. Funéraire ? non théâtrale ! Un filage en costume, c'est nickel pour bien tendre les acteurs qui se changent souvent, mais soudain y a qu'à prêter l'oreille pour entendre les spectateurs qui s'installent bruyamment. A la différence des spectacles de France, ici t'as la télévision qui te filme, pendant que tu fais le con ; il faut gueuler fort et encore plus fort pour espérer atteindre le dernier des pèlerins, qui a eu la présence d'esprit de se poser si loin. Le public silencieux, ne comprendra pas goutte, mais respectueux, applaudira sans doutes. Il faut tout de même saluer les rares éclairés qui comprennent le François, hilares ils laissent éclater leur joie. Avec la chanson d'eau tout le monde entre en scène, suivent ovations, délire, arrosoir inondant la scène, le public, à l'acteur, envoyant des fleurs et le joueur, très stoïque, les recevant de bon cœur. Autographes, jeunes russes offrant des illustrations de poèmes, y en aura pour tout le monde, comme c'est bon la vie de bohème.
On enfourne le panier d'osier aux os de poulet bien en chair, après avoir démonté, en vitesse, la structure sévère.

Motivé pour fêter l'alliance franco-russe nouvellement formée, on s'oriente vers l'hôtel qui ce soir, nous clou le bec dans la mé. Ca peut pas marcher tout les soir, le patron doit être en pétard. On communie avec dame nature et nous voilà partis vers le bar indiqué. Mais il est fermé, retour sur nos pas direction l'usine à jeu. Y a toujours personne. On est à la bourre. Une vieille bagnole fumant comme un pompier tout déglingué, nous double, c'est normal on est à pied et nous gratifie d'un tintamarre à réveiller Néssie au fond de sa mare ; va donc chez speedy, abominable bandit ! On croise deux demoiselles égarées, retournées au panard pour déposer caméra et autres voleurs d'images, elles nous indiquent le bar le pus sympa du coin, celui qui est à la page.
Quarante roubles pour vider tes poches, tu penses que cette fois c'est bon, mais il sonne encore comme une cloche ce putain de détecteur d'or à la con. Et c'est là que t'apprends que l'aluminium de tes médocs, est un gaillard plus puissant, que les épinards, pas en toc, de ta maman. La boîte de nuit à sept étages pour monter au septième ciel y a rien de tel, t'engloutis vodka sur orange pour sortir de ta cage et atteindre le nirvana, ça te démange. Autour de toi des époux Rosenberg par centaines, mais bon y a la mafia qui est là en cas de blèmes. Ils ont bien le téléphone mais pas de cartes de visites rien qu'une serviette en papier triplement ouatée, rustique, le genre de support que sans faire attention tu sors de ta poche et te grattes les nasillons. Sur la piste une ronde de sourd c'est joli, au milieu, chacun à son tour vient vendre sa chorégraphie.

Dasse vidania russia
Jérôme